Saturday, January 14, 2006

Le mot du jour - 12
CARMEL
2006-01-14
Le mot est connu: un carmel, c'est un monastère pour les religieuses carmélites. Ce qui est moins connu, et qui étonnera peut-être, c'est précisément le fait que le mot «carmel» n'est pas un nom commun. Aucun dictionnaire d'ailleurs n'en fait mention.
Mais le mot existe. Carmel est le nom d'une montagne située en Israël, au-dessus de Haïfa. Ce lieu est considéré comme le berceau de l'ordre de Notre-Dame du Mont-Carmel, appelé aussi l'ordre du Carmel ou, plus courtement encore, le Carmel. Ce dernier a été fondé au 12e siècle par le croisé Berthold qui s'est retiré sur le mont Carmel avec ses disciples.
Le mont a donné son nom à l'ordre qui a donné son nom au monastère...
«Le carmel de Montréal ne sera pas transformé en condos.» «Le classement du monastère des carmélites a été réclamé par au moins deux organismes, Héritage Montréal et la Coalition pour la sauvegarde du carmel.» (Stéphane Baillargeon, «Le carmel dans l'espérance», Le Devoir, 12 janvier 2006)
Les mots familiers - 1
S'ENFARGER
2006-01-14
S'enfarger signifie, au sens propre: trébucher, perdre pied, perdre l'équilibre en marchant; et au sens figuré: s'empêtrer dans des difficultés. L'expression «s'enfarger dans les fleurs du tapis» (qui veut dire: se heurter à de faux obstacles ) est très répandue au Québec.
Ce verbe appartient à la langue familière; son emploi est attesté par le dictionnaire Larousse et le Grand dictionnaire terminologique de l'OLF, mais pas (encore) par le Robert.
«Pas question de s'enfarger un seul instant dans les fleurs qu'a pu laisser sur le tapis l'ancien maire Jean Garon.» (Marc Saint-Pierre, «Lévis - Marinelli veut changer le climat malsain», Le Soleil, 14 janvier 2006)
«Marcel a prévu un filet de sécurité au cas où ses blagues tombent à plat. [...] "Je sais que je vais bafouiller, me planter, m'enfarger."» (Julie Lemieux, «Un garagiste sur les planches», Le Soleil, 14 janvier 2006)

Thursday, January 12, 2006

Masculin ou féminin? - 3
BOMBARDIER, EXFO, RADIO-CANADA ET LES AUTRES
2006-01-12
Le genre des noms propres de compagnie ou d'entreprise est aussi difficile à établir que celui des noms de ville. Les deux situations se ressemblent: l'usage hésite entre le masculin et le féminin, l'un ou l'autre se dit ou se disent...
Il est possible que le «sujet parlant ou écrivant», pour prendre l'expression de Grevisse, soit influencé par le genre du nom générique qu'il a à l'esprit au moment où il s'exprime. Ce nom générique, dans le cas qui nous intéresse, peut être du genre féminin, comme entreprise, compagnie, coopérative ou société; ou du genre masculin, comme consortium, établissement, groupe. Voyons quelques exemples concrets...
«"Compte tenu de ce que la Cage aux sports est parvenue à faire en 2005 sans hockey, il fallait s'attendre à ce que la reprise des activités de la NHL, nous offre une occasion de croissance", a déclaré M. Bédard» (Allan Swift, La Cage aux sports profite du retour du hockey», Le Devoir, 12 janvier 2006)
«Exfo et Consultronics oeuvrent toutes deux dans les tests pour réseaux de télécommunications.» («Exfo veut accroître ses ventes de 15 % en 2006», Le Devoir, 12 janvier 2006)
«Par contre, Exfo a été retenue comme fournisseur unique de toutes les applications de test liées aux réflectomètres optiques temporels chez Deutsche Telekom.» (Annie Saint-Pierre, «Exfo embauche à nouveau», Journal de Québec, 11 janvier 2006)
«Bombardier poursuivi pour 100 M$» (Journal de Québec, 11 janvier 2006)
«Dans un communiqué, l'agence torontoise a toutefois dit craindre que Vidéotron soit freiné dans son développement par son concurrent Bell Canada.» (PC, «Le bilan de Quebecor Media et ses filiales s'assainit», Journal de Québec, 11 janvier 2006)
«L'argument du "monopole", avancé par Radio-Canada contre Parenteau, ne tient pas la route: c'est Radio-Canada elle-même qui, il y a ... huit ans, a embauché un seul humoriste pour Samedi et rien d'autre.» (Jacques Keable, «L'hypocrisie de Radio-Canada», Le Devoir, 10 janvier 2006)
«Triotech engagé dans le jeu de la croissance» (Claude Turcotte, Le Devoir, 7-8 janvier 2006)
Les mots franco-français - 2
ABOULER
2006-01-12
On reconnaît deux sens au verbe «abouler»: 1. arriver (on peut dire aussi s'abouler); 2. donner, comme dans «aboule le fric», exemple cité à la fois par le Robert et le Larousse. Dans les deux cas, ce verbe appartient à la langue argotique ou, pour le moins, familière.
L'emploi du verbe abouler au Québec est plutôt rare; on n'en trouve d'ailleurs aucune trace dans le Grand dictionnaire terminologique de l'OLF. Mais sait-on jamais, à l'avenir...?
«Il faut abouler 230 $ par journée de sept heures pour vous inscrire à ces cours» («Parler en public», Le Soleil, 11 janvier 2006)

Tuesday, January 10, 2006

Les mots étrangers - 2
GUTS
2006-01-10
L'emploi de mots étrangers, principalement de mots tirés de l'anglais, est fréquent. Et pas seulement au Québec, comme chacun sait! Un coup d'oeil dans les journaux publiés ici au cours des derniers jours suffit pour nous faire rencontrer des mots comme trip, talk show, top ten, lift, must, snowbird, blitz, kitsch, gore, low carb, morning man, muscle car, boxing day, no fault, glamour, thrill, scab et bien d'autres encore .. . Certains de ces mots ont un équivalent en français, d'autres non.
Prenons en particulier le mot «guts». Il s'agit d'un mot anglais, qui signifie: courage, cran. Un mot courant, que tout le monde connaît, mais que certains ne se résignent pas à utiliser, si on se fie aux citations qui suivent.
«Théodore a préféré l'affronter plutôt que de se retirer de son filet. "Puisqu'il a eu le guts de sauter sur la glace pendant l'entraînement, j'ai décidé de lui donner sa chance."» (Mathias Brunet, «Un intrus sur la glace avec le CH», La Presse, 10 janvier 2006)
»Théodore a été aussi surpris que ses coéquipiers. "À son deuxième essai, j'ai pensé quitter mon filet. Mais je suis resté en me disant qu'il avait eu le courage de sauter sur la glace."» (François Lemenu, «Un imposteur dérange le déroulement du Tricolore», Le Devoir, 10 janvier 2006)
«Théodore a été aussi surpris que ses coéquipiers. "À son deuxième essai, j'ai pensé quitter mon filet. Mais je suis resté en me disant qu'il avait eu le courage de sauter sur la glace.» (PC, «Un intrus en patins - L'entraînement du CH perturbé par un fan», Le Soleil, 10 janvier 2006)

Sunday, January 08, 2006

Le mot du jour - 11
TÉFLON
2006-01-08
Le mot «téflon» (de tétrafluoroéthylène et du suffixe on des matières plastiques), désigne d'abord une marque de commerce; il est utilisé aujourd'hui comme un nom commun, sans majuscule. Il s'écrit généralement avec un accent aigu, mais le Larousse le mentionne sans accent (teflon).
Le téflon est une matière plastique qui possède des propriétés exceptionnelles: ni la chaleur intense ni le froid extrême ne l'affectent; il est insoluble dans tous les solvants conus, imperméable à l'eau et aux graisses; il
résiste aux agents chimiques et à la corrosion. Il a été découvert par un chimiste américain en 1938, mais ce n'est que dans les années 50 qu'il sera utilisé comme revêtement des poêles à frire. Une application géniale, car rien ne colle au téflon!
Même si les dictionnaires n'en parlent pas, le mot téflon a aussi un sens figuré. Dans les années 80, Daniel Kemp s'est intéressé à «l'enfant téflon», appelé ainsi «parce que les cadres traditionnels de notre société ne collent pas sur lui. Les punitions, les cris, les promesses, les cadeaux ne changeront pas son attitude ou sa façon de voir une chose.» (www.servicevie.com).
«Le mystère des électeurs téflon - Le désintérêt des jeunes de moins de 30 ans pour la politique difficile à expliquer» (Jean-François Cliche, Le Soleil, 31 décembre 2005)

Saturday, January 07, 2006

Masculin ou féminin? - 2
MANNEQUIN
2006-01-07
Le plus souvent, le mot mannequin est utilisé au masculin ... pour désigner une femme. En réalité, il désigne une personne, homme ou femme, sur laquelle le couturier essaie ses modèles, et qui présente sur elle-même la nouvelle collection au public. La profession de mannequin s'appelle: mannequinat.
En ce qui concerne le genre du mot, nous observons actuellement une tendance à la féminisation lorsque la profession est exercée par une femme, mais l'usage n'est pas encore clairement fixé. «L'usage actuel hésite entre un mannequin, une mannequin ou une mannequine», dit Le Robert. Quant au mot «top model», qui sert à désigner un mannequin de haute couture de renommée internationale, il est surtout employé au masculin.
«Un des principaux responsables de la police britannique a demandé hier au mannequin-vedette Kate Moss de rentrer chez elle. [...] Il souhaite que le top model fournisse à la police sa propre version de l'affaire.» («La police anglaise souhaite réentendre Kate Moss», Le Soleil, 6 janvier 2006)
«La mannequin britannique Kate Moss se trouverait actuellement aux États-Unis» («La police de Londres veut entendre Kate Moss sur les photos de cocaïne», Le Devoir, 6 janvier 2006)

Friday, January 06, 2006

Le mot du jour - 10
DÉFUSION
2006-01-06
Après la fusion, la défusion... Le mot «fusion» n'est pas nouveau; au sens figuré, il signifie: réunion, combinaison étroite de deux éléments, de deux groupes. Le contraire de la fusion, c'est la séparation. Au Québec, dans le contexte des changements qui ont marqué le monde municipal, un nouveau mot est apparu pour exprimer le contraire de la fusion: la défusion. Rarement un mot n'a connu aussi rapidement un usage aussi répandu. Des mots dérivés ont aussi fait leur apparition: défusionner, fusionniste et défusionniste.
La loi adoptée à ce propos par l'Assemblée nationale (loi sanctionnée sanctionnée le 18 décembre 2003) ne mentionne nulle pas le mot défusion. La loi s'intitule: Loi concernant la consultation des citoyens sur la réorganisation territoriale de certaines municipalités; dans le texte, il est question de «démembrement»...
Mais les défusions demeurent présentes dans l'actualité:
«Au coeur des frustrations des défusionnistes se trouvent l'impact lié à la hausse des taxes mais aussi la création d'un conseil d'agglomération de 31 élus (15 représentants des villes défusionnées et 16 de la Ville de Montréal ...» (Mario Girard, «Montréal: le comité de transition frappe fort», La Presse, 5 janvier 2006)
«Au jour 1 de sa "renaissance", la ville défusionnée de L'Ancienne Lorette n'a pas encore engagé tout le personnel nécessaire afin de couvrir le secteur des travaux publics. [...] "Nous souhaitions la défusion pour retrouver notre ville telle qu'elle était."» (Marie-Hélène Giguère, «L'Ancienne-Lorette n'a pas tout à fait coupé les liens avec Québec», Journal de Québec, 3 janvier 2006)
«Les commentaires amers des porte-parole des défusionnistes Wilson et Bergevin [...] ne sont pas passés comme lettres à la poste. [...] La démission de Jacques Langlois comme chef de l'opposition ne semble pas suffisante pour calmer des esprits qui réclament que des conseillers défusionnistes tirent leur révérence.» (Robert Fleury, «Les défusions avant les élections», Le Soleil, 27 juin 2004)

Thursday, January 05, 2006

Le mot du jour - 9
HUARD
2006-01-05
Le mot «huard» est de plus en plus utilisé dans les médias pour désigner le dollar canadien; il permet d'emblée de distinguer le dollar canadien du dollar américain. Le «huard» d'un côté, le «billet vert» de l'autre...
Cet usage est attesté par Le Larousse qui définit ainsi le mot huard: 1. régionalisme québécois qui désigne un oiseau palmipède qui niche près de la mer (le mot «universel» n'est pas huard mais «plongeon»); 2. pièce de un dollar à l'emblème du huard; par extension: monnaie canadienne. Constatons ici une situation, rare, où le dictionnaire devance l'usage, le mot huard» n'étant pas vraiment courant dans la langue de tous les jours, en dehors des journaux...
«La parité est envisageable, possiblement sur un horizon de 5 ans, selon M. Marion. Il croit que [...] le commerce extérieur et l'état des finances publiques stimulent le huard. Mais il faut aussi regarder du côté du billet vert pour trouver les causes possibles d'un renforcement» (Michel Munger, «À quand la parité avec le dollar américain?», La Presse, 5 janvier 2006)
«Le huard croît encore» (Presse canadienne, Le Devoir, 5 janvier 2006)
«... pendant que le billet vert perdait 0,89 ¢ pour clore à 1,1467 $ CAN, le niveau le plus élevé du huard depuis l'été 1991.» (Presse canadienne, «Toronto améliore son record», Le Soleil, 5 janvier 2006)
«Porté par une poussée des cours de l'or et du pétrole brut, le huard a atteint hier un sommet inégalé en deux semaines» (Bloomberg, «Le huard porté par l'or et le pétrole», La Presse, 4 janvier 2006)
«Le huard a pourtant poursuivi son envolée au cours des derniers mois grâce à la forte demande mondiale pour les matières premières.» («Le prix de l'essence a fait l'événement», Journal de Québec, 31 décembre 2005)